Et pourquoi Anicée...

Et pourquoi Anicée...
Mais, me direz vous, pourquoi Anicée Alvina ?* Pourquoi, en effet, se focaliser sur cette actrice moultement oubliée et dont la filmographie ne recèle guère de perles inoubliables ? J'aimerai répondre, tel un Montaigne des temps modernes, « Parce que c'était elle, parce que c'était moi », mais la réponse ainsi formulée serait quelque peu simpliste, et de toute façon je ne suis pas Montaigne.

En fait, cela remonte à bien loin, au tout début des années 70, pour être précis. C'était un dimanche et, comme cela arrivait assez régulièrement, nous avions quitté notre bonne ville de Lyon pour aller dans cette autre bonne ville qu'est Saint Etienne passer le dimanche chez la cousine Lucie. Les dimanches chez Lucie étaient toujours prétexte à des repas gargantuesques, dans un premier temps, puis, pour moi, à une visite dans un cinéma stéphanois, où j'allais dépenser le(s) billet(s) que la cousine ne manquait jamais de me glisser. Une des raisons, la plus bassement matérielle, qui explique pourquoi j'adorais aller chez Lucie**. Ce jour là, le film que j'allais voir s'appelait, en Français, « Deux Enfants qui S'Aiment », en anglais « Friends ». Il était signé Lewis Gilbert, réalisateur, je l'ignorais à l'époque, d'un très bon James Bond, « On Ne Vit Que Deux Fois »***. La musique du film était l'œuvre d'un certain Elton John, et c'est la première fois que j'entendais ce nom. Les deux rôles principaux étaient joués par Sean Bury, que je revis plus tard en fils de Joseph Cotten dans le formidable «The Abominable Dr. Phibes », de Robert Fuest, où il manquait périr victime du démoniaque Vincent Price, et bien sur la toute jeune Anicée.

Dire que le film me séduisit serait bien en dessous de la vérité. J'en fus bouleversé. Je me rappelle avoir longtemps saoulé mes condisciples à leur vanter les vertus de « Deux Enfants Qui S'Aiment ». La tendre histoire d'amour entre Paul Harrison et Michelle La Tour bouleversa le versant romantique de mon personnage****. Et, c'est le plus important, je tombais éperdument amoureux d'une Anicée Alvina de 17 ans (j'en avais 13 ou 14). Vous pouvez, à contempler la photo illustrant ce post, comprendre aisément le pourquoi de ce coup de foudre.

Bien sur, le temps ayant fait son œuvre, je suis persuadé maintenant que le film de Gilbert n'avait que l'importance que je voulais bien lui accorder et que, en toute objectivité, il n'était qu'une bluette sans conséquence qui, en 2009, laisserait perplexe la majorité des adolescents qui s'y trouveraient confrontés. Je ne suis même pas sur d'y trouver ne fut de que la moitié du plaisir que j'y avais pris si, par le plus miraculeux des hasards, une chaine diffusait le film ou un éditeur de DVD avait l'idée de s'y intéresser. La question de toute façon, ne se pose guère, « Friends » ayant, semble-t-il, totalement disparu, hors le souvenir de quelques uns. C'est d'autant plus bizarre que le film, sans être un succès planétaire, fut suffisamment populaire en son temps pour générer une séquelle, en 1974, toujours signée par Lewis Gilbert et sobrement intitulée « Paul & Michelle ». Cette suite, hélas, sortit en été, en un temps où cette saison n'était pas encore celle des blockbusters, mais celle des sorties à la sauvette. Comme beaucoup de ses camarades, le petit film estival disparut avant la rentrée scolaire, et comme je passais l'été à Sostegno, je ne le vis jamais. Croyez bien que je le regrette.

Voici donc comment, à cause d'une gentillette romance adolescente, je devins fan à jamais de l'indispensable Anicée Alvina. Par la suite, étrangement, je la vis bien peu. Ses expériences avec Robbe-Grillet étaient systématiquement interdites aux mineurs, et j'étais encore d'aspect un peu trop juvénile pour falsifier ma carte scolaire et accéder ainsi aux films interdits. De toute façon, Anicée tourna peu. Et c'est peut être, au fond, cette rareté qui fit que mes sentiments pour elle demeurèrent intacts, avec de longs moments d'oubli, et d'aussi fréquents retours enamourés. Jusqu'à cette triste journée de novembre 2006 où Libé, en trois lignes, m'apprit sa disparition.

Depuis, me restent ses photos, quelquefois ses films, fussent ils d'Alain Robbe-Grillet, et surtout le doux souvenir de « Friends ». J'aimerai toujours Anicée Alvina. Et j'en suis bien heureux.


Anicée Schahmaneche, 28 janvier 1953 – 10 novembre 2006



*Et si vous ne me posez pas la question j'y répondrais quand même...

**Il y avait aussi la collection de « Lui » de mon cousin, que je feuilletais avidement en essayant de ne pas me faire repérer par ma mère, qui ne badinait pas avec ce genre de choses.

***Il rempila plus tard avec « The Spy Who Loved Me » et « Moonraker ».

****L'autre versant aimait les films de la Hammer, les vampires et les monstres en tout genre.


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# Posté le jeudi 30 juillet 2009 15:16

Terrain glissant

Terrain glissant
Poussé par ma célèbre autant qu'irrépressible passion pour Anicée Alvina, j'ai été l'autre jour jusqu'à enregistrer et regarder « Glissements Progressifs du Plaisir », film qu'elle tourna sous la direction d'Alain Robbe-Grillet en 1974 (elle avait alors 21 ans).

En ce temps là, l'ex-pape du nouveau roman s'était mué en cinéaste intello-surréaliste, chef de file d'une avant-garde qui, il faut bien le dire, n'arriva jamais nulle part. Las, ce qui avait si bien fonctionné sous la camera élégante et discrète d'Alain Resnais au temps de « L'Année Dernière à Marienbad » devenait, dirigé par l'auteur, un jeu gratuitement abscons, mâtiné d'érotisme glacial et faussement provocateur, où s'agitaient de façon par trop aléatoire une cohorte de pantins voulus signifiants et n'ayant autre chose à offrir que le talent de leurs interprètes, hélas tournant à vide. Et ce qui se voulait moderne, voire postmoderne, s'avère en fait, 35 ans après, cent fois plus daté qu'il ne se devrait de l'être.

Reste donc Anicée, toujours aussi belle et talentueuse, et seule raison valable de revoir ce curieux exemple de cinématographie « pensante ». Pour le reste, si l'on doit se poser des questions, en lieu et place de s'interroger, comme on le fit en son temps, sur le thème : « Qu'est ce que Robbe-Grillet veux nous dire ? », il faut plutôt chercher : « Robbe-Grillet avait il quelque chose à dire ? »

Et se demander, aussi, ce que la subtile Anicée Alvina pensait réellement des absurdités qu'on lui faisait jouer...
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# Posté le jeudi 30 juillet 2009 08:21

Dal Donegal Alle Isole Aran

Je parlais ci avant de variété transalpine, il est justement une chanson que j'écoute actuellement, je ne dirais pas en boucle, mais au minimum une fois par jour, c'est « Il Cielo D'Irlanda » par la très rousse Fiorella Mannoia, grande chanteuse s'il en est*.

Certes, écouter une italienne chanter en italien une ode au ciel d'Irlande sur fond de gigue celtique, ça peut paraitre un peu curieux. Mais qu'est ce que c'est agréable, entrainant, et émouvant.

Fiorella Mannoia : une grande, je le répète.

*Et, donnant, totalement inconnu chez nous où on préfère visiblement une beaucoup plus consensuelle et moins flamboyante Laura Pausini. Ceci dit sans porter atteinte au charme de la Pausini.



Il cielo d'Irlanda è un oceano di nuvole e luce
il cielo d'Irlanda è un tappeto che corre veloce
il cielo d'Irlanda ha i tuoi occhi se guardi lassù
ti annega di verde e ti copre di blu
ti copre di verde e ti annega di blu

Il cielo d'Irlanda si sfama di muschio e di lana
il cielo d'Irlanda si spulcia i capelli alla luna
il cielo d'Irlanda è un gregge che pascola in cielo
si ubriaca di stelle di notte e il mattino è leggero
si ubriaca di stelle e il mattino è leggero

Dal Donegal alle isole Aran
e da Dublino fino al Connemara
dovunque tu stia viaggiando con zingari o re
il cielo d'Irlanda si muove con te
il cielo d'Irlanda è dentro di te

Il cielo d'Irlanda è un enorme cappello di pioggia
il cielo d'Irlanda è un bambino che dorme sulla spiaggia
il cielo d'Irlanda a volte fa il mondo in bianco e nero
ma dopo un momento i colori li fa brillare più del vero
ma dopo un momento li fa brillare più del vero

Il cielo d'Irlanda è una donna che cambia spesso d'umore
il cielo d'Irlanda è una gonna che gira nel sole
il cielo d'Irlanda è Dio che suona la fisarmonica
si apre e si chiude con il ritmo della musica
si apre e si chiude con il ritmo della musica

Dal Donegal alle isole Aran
e da Dublino fino al Connemara
dovunque tu stia viaggiando con zingari o re
il cielo d'Irlanda si muove con te
il cielo d'Irlanda è dentro di te

Dovunque tu stia bevendo con zingari o re
il cielo d'Irlanda è dentro di te
il cielo d'Irlanda è dentro di te



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# Posté le dimanche 19 juillet 2009 11:17

Gouttes de Sang sur Téléphone Blanc (2)

Gouttes de Sang sur Téléphone Blanc (2)
Pour votre édification, voici les vrais Osvaldo Valenti et Luisa Ferida.

Il est intéressant de savoir que Umberto Lenzi, réalisateur de merveilles telles que « Cannibal Ferox », « L'Avion de l'Apocalypse », « Roma A Mano Armata » ou « Zorro contro Maciste » en a fait les protagonistes d'un roman policier intitulé « Delitti a Cinecittà » , et bien sur, jamais traduit en Français. C'est un très bon livre, par ailleurs.
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# Posté le dimanche 19 juillet 2009 11:04

Gouttes de Sang sur Téléphone Blanc

Gouttes de Sang sur Téléphone Blanc
Les westerns de Sollima dans mon lecteur DVD, « Romanzo Criminale » à la télévision, Aldo Moro dans ma mémoire, la variété transalpine à fond sur mon Archos : décidément, il faut se rendre à l'évidence, mon vieux prurit italianomaniaque se réveille et les démangeaisons se font fortes. Par chance, tout se ligue pour me donner le baume susceptible de les calmer. Ainsi, hier soir, une chaine diffusait le film de Marco Tullio Giordana « Une Histoire Italienne », qu'on préférera bien sur sous son titre original « Sanguepazzo ».

Giordana étant l'auteur du très exceptionnel « La Meglio Gioventù », sur lequel je me suis jadis longuement épanché, il va de soi que je ne pouvais qu'avoir envie de voir le film. A ce préjugé s'ajoute le fait que l'histoire touche à deux aspects de l'Italie qui me touchent particulièrement : son cinéma, et son histoire proche, le Ventennio* pour ne pas le nommer. Elle nous raconte en effet le destin plus que tragique de Luisa Ferida et Osvaldo Valenti, deux idoles du cinéma des « Téléphones Blancs »** que leur compromission réelle ou supposée avec certains éléments durs du régime conduisit à une fin dramatique, puisqu'ils furent sommairement exécutés à Milan par les partisans le 30 avril 1945. S'il est établi qu'ils frayèrent un temps avec le sinistre Pietro Koch, tortionnaire au service de la répression la plus dure, il ya beau temps que les historiens ont prouvé que la participation aux crimes et tortures de la Villa Triste qui leur valut la condamnation et la mort n'était fondé sur aucune élément de preuve.

C'est avec empathie mais sans complaisance que Giordana raconte la triste odyssée des deux comédiens, du sommet à la ruelle où on trouvera leurs cadavres. Construit de façon non chronologique, le récit saute en permanence de la fuite de la Ferida et de Valenti, cherchant à échapper sans trop d'illusions à un sort déjà écrit, aux années de faste, puis de chute, jusqu'à l'inévitable conclusion. Et Giordana de dresser le portrait d'un histrion toxicomane et irresponsable, touchant parfois par son incapacité à saisir ce qui se passe autour de lui, agaçant parfois pour ce même trait de caractère, et d'une femme amoureuse étourdie par ce qu'elle vit puis endure, sans jamais elle non plus avoir la moindre prise sur le tourbillon qui l'emporte. Sa seule décision, tragiquement, sera de rester aux côtés de Valenti lorsque l'on viendra lui offrir une sortie de secours. Liés dans la vie, ils le seront dans la mort, avec toute l'absurdité de ce que représente ce choix.

Luisa Ferida, c'est Monica Bellucci, actrice en général plutôt fade pour ne pas dire inconsistante. Est-ce le rôle ? Est-ce la direction d'acteurs ? Elle se montre plutôt crédible dans un rôle difficile, voire émouvante par moments. Suffisamment, en tout cas, pour donner envie de découvrir la vraie Luisa Ferida. Face à elle, Luca Zingaretti est impressionnant de présence et de charisme dans le rôle tout aussi difficile de Valenti, clown tragique de sa propre déchéance. La scène du tribunal, où, avec un sourire touchant d'humanité, il souffle au témoin convoqué pour l'accabler : « Dis leur ce qu'ils veulent entendre » est un moment exceptionnel. Venu de « La Meglio Gioventù », le toujours excellent Alessio Boni, est parfait en cinéaste aristocrate devenu partisan, et cherchant, quitte à désobéir à ses supérieurs, à offrir un procès équitable au couple maudit, souhait que sa mort viendra contrarier. Et le grand Luigi Lo Cascio apparait brièvement, en tant que membre du commando responsable de l'exécution sommaire, et ce avec le talent que Giordana avait fait exploser dans sa longue chronique de l'Italie des années 60 à 80, ce film phare et inoubliable qu'est « La Meglio Gioventù »***.

Tièdement accueilli à Cannes, « Sanguepazzo » reste pourtant une œuvre qui ne peut laisser indifférent. Par l'éclairage cru qu'elle apporte sur une tragédie**** peu connue ici, elle mériterait largement autre chose que la distribution discrète qui fut la sienne. Espérons que ce film aura un jour sa chance. Il le mérite amplement.


*Egalement connu en tant qu'Ere Fasciste (Era Fascista).

**Ces films produits et soutenus par le régime fasciste et essentiellement destinés à faire oublier ses soucis à un peuple italien bien malmené. Pour en savoir plus, voir le génial « Telefoni Bianchi » de Dino Risi, en 1976, superbement traduit en français par : « La Carrière D'Une Femme de Chambre » !

***Toutes les occasions de glorifier « La Meglio Gioventù » sont bonnes à prendre.

****« Une Tragédie Italienne » aurait été un titre moins inutile
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# Posté le dimanche 19 juillet 2009 10:56

Modifié le dimanche 19 juillet 2009 11:19