Pour rester en Italie et dans le domaine des duos comiques, j'ai acheté durant ce passage à Turin un DVD de Franco Franchi & Ciccio Ingrassia. Le film, « I Due Crociatti »*, est fort drôle, entre les impayables grimaces et contorsions de Franchi, les jeux de mots intraduisibles, les allures faussement nobles et vraiment ahuries d'Ingrassia et autres gags souvent primaires ais immanquablement efficaces. Il est amusant, par ailleurs, de noter qu'il a été coécrit par Lucio Fulci, plus connu aujourd'hui par la veine sanglante de son ½uvre (« L'Au-Delà », « Frayeurs », « L'Enfer des Zombies ») que pour son abondant travail avec les deux siciliens.
Mais ce qui m'a frappé c'est le final du film, qu'on qualifierait aujourd'hui de politiquement incorrect. Pour défaire les Sarazins, les Croisés les attaquent à grands coups de charcuterie, scène jouant bien évidemment sur les interdits concernant le porc dans la religion musulmane. Saladin se retrouvera même avec un saucisson dans la bouche, ce qui provoquera la fuite de toute l'armée et donnant le triomphe des chrétiens. Indépendamment du grotesque (hilarant, je l'avoue) de la scène, on peut se demander ce qui se passerait aujourd'hui si quelqu'un avait l'idée d'en filmer une similaire. Levée de boucliers des associations antiracistes de tout poil, manifestations de croyants se sentant insultés, polémiques dans la presse, menaces de mort sur les auteurs (si, si, ça s'est déjà vu) et, très certainement, autocensure des distributeurs et exploitants.
Bref, tout ça pour dire que, malgré les clichés, la liberté d'expression n'est guère allé en augmentant, ces dernières années, et que, quelle que soient ses convictions, on ne peut que regretter que ce qui était possible il y a quarante ans dans le domaine de l'irrespect ne le soit plus maintenant.**
*« Les Deux Croisés », pour les non italianophones.
**Pour éviter toute polémique inutile sur ce sujet et clarifier mes positions : je ne respecterai les religions et la croyance de chacun que le jour où les religions et leurs fidèles respecteront mon athéisme absolu et mon droit à le proclamer. La partie n'est pas gagnée...