J'avais évoqué « Drôles De Zèbres », le film de Guy Lux, lorsqu'un éditeur moins timoré (ou plus déjanté) que les autres s'avisa d'en éditer, il y a peu, le DVD. Si je ne suis pas revenu dessus, c'est que c'est un morceau particulièrement difficile à digérer, encore plus à expliquer. Qu'on sache cependant qu'après l'avoir en vain cherché de boutiques en brocantes, j'ai poussé le vice jusqu'à le commander sur Internet, directement chez l'éditeur. Il faut parfois faire preuve de beaucoup d'abnégation pour rédiger un blog.
A la vue de l'œuvre, une première question se pose, et elle est classique : comment peut on concevoir, financer et tourner un tel film ? Pour y répondre, il faut se rappeler qui était Guy Lux, et quel était son statut, en ces lointaines années soixante dix, à savoir un des rois incontestés de la télévision*. Animateur vedette à la popularité en ce temps là inégalée, Lux s'invitait chez les français au moins une fois par semaine, et ce depuis des temps immémoriaux, animant tour à tour « Le Palmarès des Chansons », « Cadet Rousselle » ou « Ring Parade » pour les variétés, « Interville » ou « l'Arbalète de Noël »** pour les jeux, sans oublier le désormais légendaire « Schmilblick », mot emprunté à Pierre Dac et immortalisé par Coluche. Populaire (populiste, disaient certains), capable de rassembler autour de lui le ban et l'arrière ban de la chanson française, voire internationale, adulé par la foule et détesté par les intellectuels, célèbre au point d'être caricaturé dans un album d'Astérix, Guy Lux, quelque part, était tout puissant (audiovisuellement parlant). Or donc, lorsque l'envie lui vint de tourner un film, il n'eut aucune difficulté à trouver des producteurs pour lui avancer l'argent nécessaire et des artistes pour participer à la grande œuvre. Le résultat fut ce surprenant « Drôles de Zèbres », longtemps invisible et enfin offert à notre convoitise***.
Et c'est tant mieux parce que ce film est authentiquement « autre ». et se doit donc d'être vu pour comprendre jusqu'où on peut aller dans le n'importe quoi. En fait, dans « Drôles de Zèbres », il n'y a rien. Pas de scénario, mais un bout à bout de situations qui se veulent loufoques et ne sont que saugrenues. Pas de mise en scène, mais un collage de plans ni rythmés ni pensés. Pas de gags, mais des idées lâchées au petit bonheur, sans se soucier de ce sur quoi elles vont aboutir. Un exemple : il y a un gaulois parmi les personnages récurrents. Pourquoi ? Personne ne sait, et personne ne sait non plus ce qu'il y a de drôle à voir un gaulois pourchasser Sim dans un sauna. Personne ne sait non plus pourquoi il y a un cheval maquillé en zèbre (pour justifier le titre, peut être...), pourquoi Sim fait Tarzan, pendu à une liane, ni même si, à la fin, les deux chômeurs qui semblent être les héros du film ont gagné ou pas au tiercé. En fait, on ne comprend absolument rien à ce qui se passe dans le film. Et ce n'est pas l'interprétation qui nous aidera : tous les acteurs cabotinent comme des malades, personne, visiblement, ne cherchant à les diriger. Sim, qui refait son personnage fameux de la Baronne de la Tronche en Biais, Alice Sapritch, en mode « je suis une actrice comique », Coluche, cuisinier qui mange tous ses plats et, inexplicablement, nous ressort ses personnages du « Schmilblick » sans qu'on sache pourquoi, Annie Cordy qui saute sur les lits en gesticulant et vociférant, Michel Leeb en laveur de carreaux tombant sur des femmes nues (Katya Tchenko, bien évidemment), Mario David, garde du corps borgne de l'Emir du Chokoveit... et tous les autres sans exception, y compris le gaulois. Pour faire bonne mesure, on rajoutera un concert de Claude François, une apparition de Petula Clark, une autre de Léon Zitrone, bref, le carnet d'adresse de Guy Lux. C'est, au choix, aberrant, atterrant, ébouriffant, fascinant ou passionnant. En tout cas, hallucinant.
Le film, on s'en doute (et on le regrette), n'eut guère de succès. Guy Lux s'en retourna hanter les plateaux de télévision, oubliant son projet parfois annoncé de tourner « Les Charlots dans L'Espace », ce qui aurait été, on n'en doute pas, une chose sublime. C'est donc en rêvant à ce film jamais fait qu'on se repassera, en boucle, « Drôles de Zèbres », fleuron exceptionnel d'une décennie qui, décidemment, ne finira jamais de nous étonner.
*Qui, rappelons le, n'avait alors que trois chaines.
**JT Lancer ne ment jamais : « l'Arbalète de Noël » a réellement existée !
***Amusante anecdote : la connection Guy Lux – Cinéma avait déjà été amorcée lorsque l'hebdomadaire « Télé Sept Jours » annonça, quelque part au début des seventies, que Sergio Leone, frappé par la ressemblance entre Guy Lux et Humphrey Bogart (on ne rit pas), souhaitait lui confier un rôle dans le alors en projet « Il Etait Une Fois En Amérique ». Las, le film ne se fit que bien des années plus tard, et, Guy Lux étant indisponible, Leone dut se contenter de Robert De Niro. Et la face du cinéma s'en trouva à jamais changée...
A la vue de l'œuvre, une première question se pose, et elle est classique : comment peut on concevoir, financer et tourner un tel film ? Pour y répondre, il faut se rappeler qui était Guy Lux, et quel était son statut, en ces lointaines années soixante dix, à savoir un des rois incontestés de la télévision*. Animateur vedette à la popularité en ce temps là inégalée, Lux s'invitait chez les français au moins une fois par semaine, et ce depuis des temps immémoriaux, animant tour à tour « Le Palmarès des Chansons », « Cadet Rousselle » ou « Ring Parade » pour les variétés, « Interville » ou « l'Arbalète de Noël »** pour les jeux, sans oublier le désormais légendaire « Schmilblick », mot emprunté à Pierre Dac et immortalisé par Coluche. Populaire (populiste, disaient certains), capable de rassembler autour de lui le ban et l'arrière ban de la chanson française, voire internationale, adulé par la foule et détesté par les intellectuels, célèbre au point d'être caricaturé dans un album d'Astérix, Guy Lux, quelque part, était tout puissant (audiovisuellement parlant). Or donc, lorsque l'envie lui vint de tourner un film, il n'eut aucune difficulté à trouver des producteurs pour lui avancer l'argent nécessaire et des artistes pour participer à la grande œuvre. Le résultat fut ce surprenant « Drôles de Zèbres », longtemps invisible et enfin offert à notre convoitise***.
Et c'est tant mieux parce que ce film est authentiquement « autre ». et se doit donc d'être vu pour comprendre jusqu'où on peut aller dans le n'importe quoi. En fait, dans « Drôles de Zèbres », il n'y a rien. Pas de scénario, mais un bout à bout de situations qui se veulent loufoques et ne sont que saugrenues. Pas de mise en scène, mais un collage de plans ni rythmés ni pensés. Pas de gags, mais des idées lâchées au petit bonheur, sans se soucier de ce sur quoi elles vont aboutir. Un exemple : il y a un gaulois parmi les personnages récurrents. Pourquoi ? Personne ne sait, et personne ne sait non plus ce qu'il y a de drôle à voir un gaulois pourchasser Sim dans un sauna. Personne ne sait non plus pourquoi il y a un cheval maquillé en zèbre (pour justifier le titre, peut être...), pourquoi Sim fait Tarzan, pendu à une liane, ni même si, à la fin, les deux chômeurs qui semblent être les héros du film ont gagné ou pas au tiercé. En fait, on ne comprend absolument rien à ce qui se passe dans le film. Et ce n'est pas l'interprétation qui nous aidera : tous les acteurs cabotinent comme des malades, personne, visiblement, ne cherchant à les diriger. Sim, qui refait son personnage fameux de la Baronne de la Tronche en Biais, Alice Sapritch, en mode « je suis une actrice comique », Coluche, cuisinier qui mange tous ses plats et, inexplicablement, nous ressort ses personnages du « Schmilblick » sans qu'on sache pourquoi, Annie Cordy qui saute sur les lits en gesticulant et vociférant, Michel Leeb en laveur de carreaux tombant sur des femmes nues (Katya Tchenko, bien évidemment), Mario David, garde du corps borgne de l'Emir du Chokoveit... et tous les autres sans exception, y compris le gaulois. Pour faire bonne mesure, on rajoutera un concert de Claude François, une apparition de Petula Clark, une autre de Léon Zitrone, bref, le carnet d'adresse de Guy Lux. C'est, au choix, aberrant, atterrant, ébouriffant, fascinant ou passionnant. En tout cas, hallucinant.
Le film, on s'en doute (et on le regrette), n'eut guère de succès. Guy Lux s'en retourna hanter les plateaux de télévision, oubliant son projet parfois annoncé de tourner « Les Charlots dans L'Espace », ce qui aurait été, on n'en doute pas, une chose sublime. C'est donc en rêvant à ce film jamais fait qu'on se repassera, en boucle, « Drôles de Zèbres », fleuron exceptionnel d'une décennie qui, décidemment, ne finira jamais de nous étonner.
*Qui, rappelons le, n'avait alors que trois chaines.
**JT Lancer ne ment jamais : « l'Arbalète de Noël » a réellement existée !
***Amusante anecdote : la connection Guy Lux – Cinéma avait déjà été amorcée lorsque l'hebdomadaire « Télé Sept Jours » annonça, quelque part au début des seventies, que Sergio Leone, frappé par la ressemblance entre Guy Lux et Humphrey Bogart (on ne rit pas), souhaitait lui confier un rôle dans le alors en projet « Il Etait Une Fois En Amérique ». Las, le film ne se fit que bien des années plus tard, et, Guy Lux étant indisponible, Leone dut se contenter de Robert De Niro. Et la face du cinéma s'en trouva à jamais changée...


