Si le Zoom et le Splendor furent longtemps les piliers de la part inavouable de ma cinéphilie, je fréquentais aussi d'autres salles de quartier.
Ainsi je pris fréquemment la direction de la rue Basse-Combalot, à la Guillotière, pour me payer un ticket à l'Elysée. Le hall, là aussi directement sur la rue, était encore plus étroit que celui du Splendor. Et il n'était pas possible de voler les photos. Il y avait en revanche un balcon, où j'aimais à m'installer. Un de mes grands souvenirs est d'y avoir vu mon premier film hard, en fait un soft anglais qui s'appelait « Aventures Sexuelles Extra Conjugales », caviardé d'inserts pornographiques d'une tonalité verdâtre effroyablement laide. Depuis, l'Elysée est devenu une salle de spectacle alternative.
Pour en rester dans les souvenirs de films érotiques, il y avait une salle rue de la République, juste à côté du Hall du Progrès (la Fnac, maintenant), dont j'ai totalement oublié le nom. Elle était située au fond d'un long couloir d'immeuble, l'immeuble même où habitait mon professeur d'Espagnol de seconde et Première. J'y ai vu entre autres « Le Cheick Rouge », avec Channing Pollock, le Judex de Franju, et, plus étrange, « Don Camillo Monseigneur » ! Mon souvenir chaud reste cependant la vision des « 1001 perversions de Félicia », un Max Pecas qui ne passe JAMAIS sur M6, on se demande bien pourquoi... Dans ce couloir, j'ai aussi longtemps rêvé devant les photos de « Shanghai Joe », improbable croisement entre le western italien et le film de kung fu, que je n'ai jamais vu (et qui vient d'être édité en DVD).
Le Gloria, à l'entrée de la rue de Marseille, est maintenant une laverie. J'y ai vu « Opération Hong Kong », avec Fred Williamson. Le film (aucun souvenir) était réalisé par Henry Levin, qui fit jadis « Voyage au Centre de la Terre », avec James Mason. Triste fin de carrière.
Cours Gambetta, il y avait un cinéma dont le nom là aussi m'échappe et où je vis « Pat Garrett et Billy the Kid », de Peckinpah, dans sa version tronquée. Je me souviens aussi d'un film avec Paul Naschy en loup garou, et surtout des « Canons de Navarone », vu avec Pascal. Nous chantions en grec pendant la scène du mariage au village où les membres du commando se font arrêter. Sur le même cours, il y avait aussi l'Eldorado, qui servit de décor au film de Patrice Chéreau « La Chair de l'Orchidée ». Immense souvenir : j'y ai vu mon tout premier wou xia pian, « Les Griffes de Jade », qui m'avait impressionné et m'impressionne toujours. J'ai le DVD.
Et pour en finir avec la Guille, comme on dit à Lyon, il y avait Grande Rue de la Guillotière, une salle dont le nom était peut être le Colisée, où je ne suis jamais entré. A un ou deux kung fu près, on n'y passait surtout des films égyptiens ou libanais destinés à la population immigrée, nombreuse dans ce quartier.
Toutes ces salles ont donc disparu.
A suivre