Le grand remue ménage qui a accompagné les récents ennuis de santé de Johnny Hallyday en a certainement agacé certains. Pour ma part, bien que n'étant en rien un fan de l'icône, il fait partie de mon paysage musical depuis si longtemps (depuis ma naissance, en fait), que son sort ne peut me laisser indifférent.
En fait, depuis toujours, Johnny divise l'opinion en deux clans bien distincts. Il y a les admirateurs, inconditionnels, si souvent caricaturés parce que si souvent caricaturaux, surtout lorsqu'ils poussent la passion jusqu'au mimétisme*, et qu'il fait bon moquer entre gens de goût, ou voulus tels. En face, il y a une certaine intelligentsia auto proclamée, se complaisant à mépriser la supposée ringardise du rocker tricolore, quand elle ne va pas jusqu'à railler une soit disant stupidité dont l'homme serait affligé. Les lugubres Guignols de l'Info ont fait de cette moquerie gratuite un de leurs fonds de commerce les plus juteux, et ce pendant des années. Parfois, l'élite se pique, pour un temps, d'apprécier Johnny, et toujours pour de mauvaises raisons. Quand elle ne le fait pas au nom du second degré, cette lamentable invention des pédants censée cacher leur complexe de supériorité, ce sera parce que notre héros, s'est compromis dans un film de Godard ou de Johnny To, ce qui est, à leurs yeux, plus gratifiant que d'avoir été vu chez Sergio Corbucci**.
Pour ma part, je n'ai jamais regardé Johnny avec les yeux du second degré, ni ne me suis extasié parce qu'il était apparu dans «
Détective »***. Je ne l'ai pas non plus idolâtré. Une bonne partie de son œuvre me laisse froid. Mais certaines chansons restent crochetées à ma mémoire, comme «
Joue Pas de Rock'n'Roll Pour moi », ou «
J'Ai Oublié De Vivre », deux titres que nous écoutions en boucle, à leur sortie, dans la R16 de l'ami Alain, merveilleux souvenir là encore. Il en est d'autres. Je l'ai même vu en concert, au Théâtre Antique de Fourvière, et ce n'était pas très bon. Du moins à mes yeux. N'empêche : déguisé en Hippie, en Hamlet, en Conan Le Barbare ou en Mad Max, voire en Ange aux Yeux de Laser, Johnny a survécu. Comme il a survécu à son album en Italien, déjà cité ici. Ou à des naufrages cinématographiques tels que «
Terminus » ou «
A Tout Casser »****. Il a non seulement survécu, mais a conservé, contre vents et marées, son public, son aura, et on peut même dire, maintenant, sa légende. La raillerie est chose facile, encore doit-elle être justifiée, et elle ne me semble pas l'être, en ce qui concerne Johnny Hallyday. On ne tient pas le coup cinquante ans, surtout à un tel niveau, si l'on est mauvais, ou stupide. Que les fans en fassent trop est un fait. Mais la pauvreté d'argumentation des détracteurs ne peut suffire à régler le cas Johnny. Quoi que l'on pense ou dise, l'homme a su se rendre incontournable, et devenir, plus encore rester, un géant dans le monde de la chanson française. L'aimer ou pas n'est qu'une question de goût. Le respecter en est une de bon sens.
Alors bon rétablissement, l'Idole...
*Qui n'a jamais croisé un simili sosie de Johnny, tout brushing dehors ?
**Et pourtant !
***Tout au plus ai-je été jaloux parce qu'il en a profité pour sortir avec Nathalie Baye, le veinard.
****John Berry, quand même...