Un vieil ami

Un vieil ami
Je ne sais pas si c'est cent fois sur son métier qu'il faut remettre l'ouvrage, mais d'aucuns semblent croire à cet adage. Hugues Aufray, par exemple, lequel vient pour la troisième fois de consacrer un album à son idole Bob Dylan. Apres le mythique « Aufray chante Dylan » de 1965, le moins réputé mais pourtant excellent « Aufray Trans Dylan » de 95, voici « New Yorker ». Cette fois, le vieux barde s'est entouré de comparses pour duettiser sur de vieilles ou nouvelles adaptations du Zim. Au hasard des pistes, on croise Voulzy, Souchon, Hallyday, Eddy Mitchell, Cabrel, ou, plus inattendus, Bernard Lavilliers, Jane Birkin, Carla Bruni, Arno, Didier Wampas... l'album, une merveille, fait un tabac, à ce qu'il parait. Et ce n'est que justice, tant il s'agit là de l'œuvre d'un artiste dont on ne mesure pas toujours le rôle important qu'il a eu au sein de la chanson française. De tout temps, Aufray a été un passeur. Il a fait connaitre Dylan à bien des gens qui, sans lui, ne l'auraient jamais écouté. Il a, à travers « Santiano », « L'Epervier », « Céline », « Dès Que Le Printemps Revient », donné à la France un nouveau folklore. Faites l'expérience autour de vous : même des gens qui ignorent jusqu'à son nom connaissent au moins une chanson de Hugues Aufray. Alors que « New Yorker » soit un succès ne peut que réjouir l'homme de goût.

Ah, si jamais vous écoutez l'album, soyez attentif au premier morceau. Ce n'est pas une adaptation, mais un long texte parlé où Aufray raconte sa rencontre avec Dylan, l'œuvre et l'homme. C'est d'une beauté et d'une intelligence à couper le souffle.
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# Posté le jeudi 12 novembre 2009 14:31

Modifié le samedi 14 novembre 2009 01:46

Mormon Soul

Je ne pense pas que le nom des Osmonds évoque grand-chose pour vous. Cette sympathique famille eut pourtant son heure de gloire, et quelle heure ! au divin temps des seventies*. Les Osmonds étaient une sorte de réplique blanche à une autre fratrie célèbre de ces années là, les moins oubliés Jacksons Five. Dans les deux cas on retrouvait des adolescents multi instrumentistes et un gamin frontman, et des chansons calibrées pour plaire au plus grand nombre. Là aussi, des sœurs vinrent se greffer au moule originel. Quand la petite entreprise eut tendance à se disloquer, Mary s'associa à Donny pour aligner une nouvelle série de tubes, dans un genre sentimentalo-guimauve vaguement countrysant bien apte à faire chavirer les radios FM de l'Amérique profonde. Ah, j'oubliais : les Osmonds étaient mormons.

Moins connus chez nous qu'aux USA**, les Osmonds eurent pourtant quelques succès en France, puisqu'on les vit, parfois, invités chez Guy Lux ou Danièle Gilbert, où leur apparition soulevait l'enthousiasme de gamines en folie, ancêtres des fans hystériques de Tokyo Hôtel ou de Zac Efron telles qu'on peut les voir, moquées, sur Canal + ou autres chaines se voulant satiriques. L'oubli dans lequel ils sont tombés est, par ma foi, bien injuste. Leur musique, légère autant qu'agréable, a plutôt bien passé le cap des années, et on a connu bien pire en terme de chanteurs et/ou musiciens.

En 2008, les Osmonds se sont, comme tant d'autres, réunis pour célébrer leur jubilée. Le concert anniversaire de Las Vegas a fait l'objet d'un show télé, et l'on en trouve facilement l'enregistrement sur le net, en cd ou en téléchargement***. Il vaut largement qu'on y prête une oreille attentive. Essayez et vous verrez...


*Bien que leurs vrais débuts remontent en fait en 1958.

**Sauf chez les représentants de leur communauté religieuse, bien entendu.

***Légal. Oui, il m'arrive de télécharger légalement.
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# Posté le jeudi 12 novembre 2009 13:58

Par le pouvoir de l'anneau, et autres fariboles...

Par le pouvoir de l'anneau, et autres fariboles...
Puisque j'évoquais ci-avant ce bon Peter Jackson, je voudrais en profiter pour donner quelques précisions quand à mes avis concernant ce dernier.

Si je suis particulièrement virulent quand à sa version de « King Kong », ce n'est pas, pour une fois, par pure mauvaise foi. J'ai VRAIMENT trouvé le film très mauvais. Pour le reste de son œuvre, où plutôt ce que j'en connais, il est vrai que j'ai énormément apprécié « Fantômes contre Fantômes », et plus encore « Forgotten Silver », qui est une vraie merveille. Je ne connais que de nom son passé gore à la « Bad Taste » ou « Braindead » et je n'ai pas vu non plus « Heavenly Creatures ». Reste le problème « Seigneur des Anneaux ».

Une mienne amie, qui m'est fort chère, me disait dans un mail récent ne pas comprendre mon aversion pour la trilogie adaptée de Tolkien. Soyons clair, je n'en ai vu que le premier volet, à sa sortie. Il y avait, dans le film, des choses splendides. Il y avait aussi des choses, nous dirons, discutables, comme le royaume de Galadriel et ses barques en forme de cygne, qui relevait plus du Chatelet période Francis Lopez que de la poésie fantastique. Il y avait un surplus de créatures numériques, chose qui, sans doute passerai-je aux yeux de beaucoup pour un vieux schnock, m'apparait terriblement rédhibitoire. Un orc de synthèse, passe. Mille orcs de synthèse, non. Il y avait, surtout, de longs tunnels d'ennui. A mon sens, je le précise, mais assez pour me dissuader de voir les deux autres volets. Ennui, car les enjeux de la quête ne me passionnaient pas, et ne m'ont jamais passionné.

Car il faut dire que « The Lord of the Rings : The Fellowship of the Ring » n'était pas mon premier contact avec la trilogie de J.R.R. Tolkien. Il y a de cela bien longtemps (les seventies, pardi !) je m'étais essayé à la lecture du livre. Le premier tome en édition de poche doit encore trainer au fond d'une armoire à Sostegno. Pas plus que je n'ai vu l'intégralité des films, je n'ai lu l'intégrale des livres. Tout simplement, l'histoire ne parvient pas à m'accrocher. Il y a, je veux bien le croire, un souffle épique qui traverse le récit, ainsi que beaucoup se plaisent à le dire, simplement ce souffle ne remue rien en moi. Je me fiche et me contrefiche des mésaventures de Frodo, Gandalf, Bilbo, Saroumane, Gollum et les autres parce qu'elles n'évoquent rien pour moi. Je suis et reste désespérément insensible à l'heroïc fantasy telle que pratiquée par Tolkien, et le talent, réel malgré le désastre « King Kong », de Peter Jackson ne suffit pas à me rendre cet univers perceptible. Dommage peut être, j'en conviens, mais tels sont les faits.

Je reste persuadé, malgré tout, qu'un jour le néo zélandais parviendra à me séduire, et à réaliser un film dont je dirais, sans hésitation, qu'il est grand. En l'attente, je me refuse et continuerai à me refuser l'extase quasiment obligatoire proclamée par les thuriféraires de « Lord of the Rings ».

Persiste et signe.

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# Posté le mercredi 11 novembre 2009 16:08

Le Roi

Le Roi
Tout récemment, une chaine du satellite nous a rediffusé « King Kong ». Ce Kong là n'était ni, hélas, la montagne de poésie onirique de 1933, ni, heureusement, la galéjade numérique de 2005. C'était le frère mal aimé, le rejeton délaissé de la fratrie, le remake sorti à grand renfort de publicité en 1976, et aussitôt renié par l'ensemble de la critique*. Moi-même, je me souviens, je n'avais que médiocrement apprécié. Pourtant, revu trente trois après, et au regard de la catastrophe que fut le Jackson, ce « King Kong » modèle seventies n'est peut être pas l'atroce navet dénoncé en son temps.

Certes, le film n'est pas exempt de défauts. Les personnages sont peu fouillés, le script s'arrange mal de l'argumentation vaguement écologiste brodée autour des découvreurs de Kong et, surtout, Skull Island manque cruellement de la poésie morbide de son ancêtre des années trente. Le roi Kong n'est que là que le monarque déchu d'une ile désespérément vide des sombres prédateurs que le film de Shoedsack et Cooper lui faisait dominer. Lorsqu'il y entraine la jouvencelle que viennent de lui offrir les peuplades qui l'ont déifié, il ne trouvera à combattre qu'un seul et unique serpent géant, d'ailleurs fort laid et fort mal animé. Car c'est un autre des aspects peu convaincants du film : les effets spéciaux. Loin des créatures amoureusement animées par Willis O'Brien, loin aussi des pixels en folie de Jackson**, on a droit, dans la plus grande part des plans, à un comédien revêtu d'une peau de singe et piétinant des maquettes dont la qualité oscille du correct au discutable. La gestuelle n'est pas en cause, non plus le masque, très réaliste, mais on ne peut s'empêcher de se rappeler qu'il s'agit là d'un singe de carnaval. Les transparences, atrocement voyantes, ne facilitent pas non plus la crédulité du spectateur. Par charité, on oubliera le Kong grandeur nature bricolé par l'escroc Carlo Rambaldi, survendu en son temps par le marketing de De Laurentiis qui, dans les rares plans où il apparait, ressemble à ce qu'il est : un mannequin pour devanture de train fantôme dans une fête foraine de troisième zone. L'interprétation, elle, est solide. Jeff Bridges s'en sort bien en scientifique baroudeur et vaguement écolo baba-cool, Ed Lauter, trop vite sacrifié, joue efficacement les capitaines de vaisseau, et seul Charles Grodin peine à convaincre, pure caricature de capitaliste âpre au gain, au jeu sans nuance. Reste Dwayne, la blonde que le roi Kong poursuivra de ses assiduités tout au long du film. Quoi qu'en diront certains, Jessica Lange est indéniablement plus convaincante que la fade Naomi Watts. Le problème est que son rôle est abominablement mal écrit. Geignarde, totalement incohérente dans son comportement (voir la scène où, pourchassée par Kong dans New York, elle supplie son compagnon de lui offrir un verre, grand moment d'idiotie s'il en est), elle est aussi existante et excitante qu'une figure découpée qu'on aurait promenée sur les décors. C'est d'autant plus regrettable qu'elle est l'héroïne, malgré tout, de très belles scènes. Je pense notamment à celle du bain, à l'issue duquel Kong la sèche en soufflant délicatement sur elle, scène autrement plus poétique que les glissades à Central Park de la version la plus récente. Quand au final sur les défuntes tours jumelles du World Trade Center, il ne manque pas de grandeur, même si l'on ne peut s'empêcher de crier au mensonge quand on compare le résultat final, à savoir Kong sur une tour affrontant des hélicoptères, à ce que nous vendait l'affiche : le gorille géant enjambant les deux tours et combattant des jets dernier cri.

En définitive, avec le recul que les années ont apporté, loin donc des polémiques que suscita en son temps l'idée même d'un remake de « King Kong », le film de John Guillermin apparait comme nettement moins mauvais qu'on ne s'en souvient. Certes pas un grand film, seul finalement le chef d'œuvre de 1933 ayant droit à ce titre, mais un divertissement spectaculaire, avec son lot de scènes réussies et ses défauts tout aussi criants. Un film, en tout cas, à (légèrement) réévaluer.


*J'ai encore en mémoire, pour l'avoir souvent relu, un article incendiaire de « L'Ecran Fantastique » réglant son compte au film de Guillermin avec une hargne et un violence assez inusitées en ces pages.

**Soyons précis : les effets numériques du film de 2005 étaient remarquables en eux-mêmes. C'est l'excès de leur utilisation qui, à la longue, les rendait aussi vains que pénibles.

# Posté le mercredi 11 novembre 2009 14:25

Rock'n'Roll Is Here To Stay

Rock'n'Roll Is Here To Stay
L'ambiance était du genre « Les Vieux Sont de Sortie », hier soir au Palais des Congrès. Les rescapés des sixties et quelques vieux clous dans mon genre étaient venus pour applaudir quatre vraies légendes, à savoir Cliff Richard et ses vieux complices les Shadows. Tout ce beau monde est actuellement sur scène pour une « Final Reunion » censée célébrer cinquante ans de musique en commun. Cinquante ans, rendez vous compte. Alors, ils sont comment les ancêtres ? Qu'est ce que vous imaginez : ils sont fantastiques.

Cliff, d'abord. 69 ans, mince comme un fil, souple comme une liane. Voix et enthousiasme intacts, il habite la scène, chantant ses plus vieux tubes comme s'ils avaient été écrits la veille. A sa droite, Bruce Welch, 68, et derrière lui Brian Benett, 69, chenus mais pêchus, tricotent une rythmique infernale, de celles qui font irrésistiblement taper du pied et battre les mains. Et à sa gauche, Hank Marvin, 68 lui aussi, ses éternelles lunettes et sa legendaire Fender rouge et blanche. Cet homme, un des plus grands guitaristes de l'histoire de la Pop Music*, est là, à tirer de son instrument ce son incroyable et reconnaissable entre tous, LE son des Shadows, avec une virtuosité et un doigté tel qu'il parvient même à le sortir d'une guitare acoustique. Hank Marvin est un dieu !

Tout y passe. Le répertoire est définitivement vintage, et égrène les tubes de Cliff et les instrumentaux des Shadows. « Apache » ! Le grand frisson pour une salle de toute façon conquise. Il y en a pour deux heures, et on en voudrait deux de plus, voire trois. Tout a une fin, mais on ressort ravi**, les yeux pleins de poussière d'étoile et la tête encore pleine des sonorités magiques de la guitare d'Hank Marvin.

Hier, j'ai vu des légendes, et ces légendes sont, en plus de vrais, d'authentiques artistes. Long live the Legends.

Et comme je l'ai dit à mon compagnon de soirée : « Je vais encore surement passer pour un vieux con, mais les jeunes, hein, ils peuvent toujours s'aligner !»


*Quitte à me répéter, j'ai décidé de préférer maintenant ce terme désuet à celui, qui ne veut plus dire grand-chose, de Rock. Back to basics, fellows...

**Avec un superbe T-shirt souvenir. Oui, j'ai craqué...

# Posté le dimanche 08 novembre 2009 15:30