Encore un film que peu de gens ont vu ! A croire que JT Lancer n'aime que les échecs*. Le film, c'est «
Un Homme et son Chien », deuxième réalisation pour le cinéma de Francis Huster, 22 ans après son fameux, fumeux, et même désastreux «
On a Volé Charley Spencer ». Il y a certainement plusieurs raisons à cet insuccès. Le fait, déjà, que le film n'est pas vraiment convaincant, variation moyennement inspirée sur le «
Umberto D » de Vittorio De Sica** qui a le tort de se perdre dans une suite de scènes souvent détachées du récit et dont la finalité nous échappe, le tort aussi de ne jamais rendre ses personnages attachants, de ne jamais leur faire dépasser le statut de silhouette, fut elle brillamment campée. Sauf bien sur Charles, le personnage principal. Et ce sera malheureusement là aussi une des clés de l'incapacité du film à trouver son public. Car Charles, c'est Belmondo, Jean Paul Belmondo, cet immense mythe, le mot n'est pas trop fort, d'un certain cinéma français. Le problème, là ; est double. Nous avons d'un coté cette génération jeune qui forme aujourd'hui le gros de la masse des spectateurs et pour qui le nom de Belmondo n'évoque rien, ou si peu (et nous verrons plus loin pourquoi), et de l'autre ma génération et celles qui m'ont précédé, un tout petit peu de la suivante et la question de nous tarauder : qui, de nous, a envie de voir CE Jean Paul Belmondo, un homme affaibli, se déplaçant avec difficulté, à l'élocution malhabile. Voir Belmondo dans «
Un Homme et son Chien », c'est voir un géant foudroyé, un homme à terre. Quelle que soit la sincérité, l'admiration, la délicatesse, la tendresse, même, dont Huster fait montre envers son acteur, le spectacle reste douloureux.
Qu'on le veuille ou non, Belmondo a été un symbole incontournable de nos sixties et de nos seventies. La critique l'a aimé, parfois encensé, chez Godard, Truffaut, Resnais, Melville. Le public l'a plébiscité en Cartouche, en Professionnel, en As des As, a suivi ses Tribulations d' Homme de Rio ou de Chinois en Chine, avec passion. Bien sur, la critique et le public divorcèrent sur son cas dans la seconde moitié des années soixante dix et la première des années quatre vingt, quand de policiers médiocres en comédies faciles il se contentait de vivre sur ses lauriers, mais, comme on ne peut régler le cas de son éternel rival Delon, autre grand méprisé de la critique, en ne s'appuyant que sur ses films les moins aboutis, on ne peut rejeter Belmondo parce que «
L'Animal » ou «
Le Guignolo » ne volaient pas très haut. Cette figure de notre paysage culturel ET populaire était et reste un monument qu'on se doit de respecter. Malheureusement vint l'échec de trop («
Amazone », où même le subtil De Broca brada son talent), et vint surtout une génération qui, hélas pour elle, n'a jamais connu les cinémas de quartier et leurs séances du mercredi après-midi, quand on repassait «
Ho ! » ou «
Borsalino » pour la millième fois, Pas connu non plus, ou si peu, le film du dimanche soir sur la Première Chaine (on en disait pas encore TF1). Pour ceux là, Jean Paul Belmondo c'était essentiellement cette marionnette des Guignols, caricaturistes ayant depuis longtemps troqué l'humour, fut il acide, pour la méchanceté la plus gratuite, grotesque à souhait avec son inévitable Yorkshire, car pour certains il doit être ridicule d'avoir un chien. Alors ils oublièrent Belmondo. Comment, des lors, pourraient ils avoir envie de voir ce vieillard infiniment moins drôle que sa poupée de latex.
Et nous ? on se souviendra peut être que «
La Sirène du Mississipi », film qui réunissait un cinéaste aimé des cinéphiles comme du grand public, François Truffaut, et deux grandes vedettes populaires, Catherine Deneuve et notre Jean Paul, fut en son temps un échec commercial. L'une des principales raisons que les analystes trouvèrent à cela fut que le public ne souhaitait pas voir le Belmondo que le film lui proposait, un homme faible, trompé, presque bafoué. Ce que demandaient les spectateurs, c'était l'acrobate gouailleur, le Magnifique, L'Incorrigible. Et je ne pense pas que les choses ont changées. On sait ce que Jean Paul Belmondo a traversé ces dernières années, la maladie, la souffrance, les atteintes physiques. Et on ne l'en respecte que plus. Mais, sur l'écran, nous voulons, encore et toujours, le Belmondo qui nous a fait et nous fera rêver, et qui n'est pas, qui ne peut pas être ce Charles, même si ce rôle le montre admirable de courage et d'audace, osant s'exhiber tel qu'il est maintenant, vaincu mais toujours, quelque part, triomphant. Qu'on l'admire, soit, mais vite, revenons à ces films pas forcement glorieux mais jamais déshonorants qui en faisaient l'idole de nos samedis soirs. Histoire d'oublier à quel point «
Un Homme et son Chien » est douloureux à voir.
*
C'est pô vrai. J'ai bien aimé « Avatar ».
**A qui hommage est rendu par le biais d'une photographie.