Etrange rencontre

Etrange rencontre
Voici d'ailleurs une couverture de l'édition française de « Lando », « Prolo », donc. On reconnaitra (si, quand même un peu) Buzzanca en bas à droite, et l'on notera aussi, si l'on est connaisseur, que l'image pastiche une des scènes les plus fameuses du « Malizia » de Samperi dont je vous ai parlé il y a peu. Comme quoi tout est dans tout, et réciproquement, comme eut dit le regretté Pierre Dac.
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# Posted on Tuesday, 09 February 2010 at 6:03 AM

D'un acteur qu'on aperçoit dans "Le Corniaud"

D'un acteur qu'on aperçoit dans "Le Corniaud"
Il n'est pas inutile de souligner que l'on pouvait par ailleurs voir dans « Le Corniaud » le grand Lando Buzzanca, acteur presque inconnu de par chez nous et immense star de comédie en Italie, surtout dans les années 70. L'homme fut si populaire qu'il eut même droit à une bande dessinée dans laquelle le personnage central, à son effigie et portant son prénom, vivait mille aventures érotico-drolatiques. Ces fumetti* furent importés en France par l'inoubliable éditeur Elvifrance, qui pendant plus d'une décennie abreuva tous les adolescents boutonneux et les bidasses à la libido frustrée de ses fascicules aux couvertures violemment colorées et aux titres accrocheurs. Pour l'occasion, « Lando » devint « Prolo », pourquoi pas...

Sachant que j'ai le DVD de « Il Merlo Maschio »**, en France « Ma Femme Est Un Violon »*** qui m'attend sur une étagère, j'aurai probablement l'occasion de vous entretenir plus avant de Lando Buzzanca.

*C'est ainsi qu'on appelle les bandes dessinées en Italie, assimilant le phylactère à la « petite fumée » qui sort de la bouche quand le temps est froid. Poétique, isn't it ?

**Où Buzzanca partage l'affiche avec Laura Antonelli, RRRRRRHHHHHH.....

***Le titre français initialement choisi était « Ma Femme Est Un Violon-Sexe ». Mais la censure veillait...
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# Posted on Tuesday, 09 February 2010 at 5:56 AM

Le You Koun Koun

Le You Koun Koun
« Le Corniaud », revu dimanche, est le type même de ce cinéma du samedi soir et des salles de quartier que j'évoquais plus bas à propos de Belmondo. Ces films qui, après leur exclusivité, entamait parfois pour des années le tour des salles populaires, y faisant toujours salle comble, avant que de squatter le dimanche ce qu'on n'appelait pas encore prime time sur ce qui ne s'appelait pas encore, ou qu'on n'appelait pas encore systématiquement, TF1, mais bien « La Première Chaine ». Je rappelle que longtemps il n'y en eut que trois, et que longtemps il y eut plus de choses intéressantes à voir sur ces trois là que sur les centaines maintenant à disposition*.

« Le Corniaud », donc, on le connait par c½ur, on anticipe les gags, on sait à quel moment De Funes va dire « Il m'épate, il m'épate, il m'épate ! » et Bourvil : « Maintenant elle va marcher beaucoup moins bien, forcément... ». On jubile d'avance à la fameuse scène de la réparation par un Léopold Saroyan déchainé. Et ainsi de suite**. Ce sont des plaisirs simples, ressassés, mais où, toujours, on retrouve l'étincelle qui nous avait fait crouler de rire à la première vision, il y a... Il y a combien de temps, au juste ? Pourquoi cette réussite, et surtout la pérennité de cette réussite. Parce qu'on remonte là à un temps où un film n'était pas fait dans un souci de rentabilité immédiate. Un temps ou un film avait le temps de s'installer dans son public, dans l'inconscient de son public. Un temps où l'on accordait une vraie durée de vie aux films. Cette durée, justement, c'était le circuit des salles dites « de seconde exclusivité », puis de quartier qui l'offrait. Alors que de nos jours, un film sort immédiatement dans le réseau quasi unique qui monopolise la distribution***, y reste juste le temps de vérifier que le succès financier soit au rendez vous, puis disparait pour ne revenir que sous forme de DVD ou de Blue Ray rangé sur une étagère. Avant un passage plus ou moins médiatisé sur TF1, entrecoupé de pubs pour les désodorisants ou les contrats d'assurance vendus par Cerise. J'exagère ? Juste pour le fun, dites moi où, actuellement, je peux voir « Bienvenue Chez Les Ch'tis », plus gros succès public de tous les temps pour un film français ? Nulle part, alors que pendant des années j'ai eu toutes les chances de pouvoir revisionner son prédécesseur, « La Grande Vadrouille », au Marly, au CI-Fa Bellecombe, au Condé, à l'Astoria****. Vous pouvez rééditer l'expérience avec « Titanic », et le pourrez bientôt avec « Avatar ».

Qu'on le veuille ou non, la disparition des salles de quartier a porté un coup mortel à la diffusion cinématographique, et, inévitablement, mis en place un nouveau mode de consommation, pas forcement démocratique, d'ailleurs. Comme quoi il n'y a pas eu besoin d'attendre Internet et le téléchargement pour porter atteinte au cinéma dans son ensemble. On peut dire que c'est le progrès. On peut aussi regretter le temps du Splendor, du Zoom et de l'Elysée.

*C'était mon couplet réac'. Ceci dit, rassurez vous, déjà à l'époque on disait que la télé était nulle et qu'il n'y avait rien à voir.

**On notera par ailleurs que le fameux dialogue : « Vous m'épelez ?/Vous aussi vous mé plait beaucoup », injustement attribué à Aldo Maccione, vient du « Corniaud ».

***Hors salles d'art et d'essai, encore celles-ci sont elles de plus en plus réservées aux seules grandes métropoles.

****Astoria première manière, pour les lyonnais connaisseurs, pas le multiplexe qui a usurpé son nom.
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# Posted on Tuesday, 09 February 2010 at 5:07 AM

Un hommage vécu

Un hommage vécu
Une anecdote, en passant, qui quelque part me contredit lorsque je parle de générations ignorant Belmondo. C'était il y a quelques années à un concert de Madonna*. Durant l'interminable attente que nous infligea la peu ponctuelle impératrice du show en Play back, quelques personnes remarquèrent soudain, l'arrivée dans le carré Vip de Jean Paul Belmondo. Il se relevait tout juste de son accident vasculaire cérébral et s'aidait d'une cane. Pour descendre les gradins du Palais Omnisport de Bercy jusqu'à sa place, il dut prendre appui sur une hôtesse. La descente fut longue, très longue, tant il avait de difficultés à se mouvoir. Dans la salle, le brouhaha avait fait place à un étrange silence, car maintenant tout le monde regardait la lente progression du colosse blessé. Lorsqu'il parvint à son siège, et qu'il y fut assis, tout Bercy éclata soudain d'un applaudissement spontané et prolongé, auquel il répondit d'un signe de la main, et en affichant son célèbre sourire.

Cet hommage totalement impromptu et marqué d'une vraie, d'une sincère admiration, est une des choses les plus émouvantes à laquelle il m'ait été donné d'assister. Rien que pour ça, je ne regrette pas d'être allé voir la Ciccone.


*Mais qu'est de que je pouvais bien foutre à un concert de Madonna ? Passons...

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# Posted on Thursday, 04 February 2010 at 4:03 PM

D'un retour peu évident...

D'un retour peu évident...
Encore un film que peu de gens ont vu ! A croire que JT Lancer n'aime que les échecs*. Le film, c'est « Un Homme et son Chien », deuxième réalisation pour le cinéma de Francis Huster, 22 ans après son fameux, fumeux, et même désastreux « On a Volé Charley Spencer ». Il y a certainement plusieurs raisons à cet insuccès. Le fait, déjà, que le film n'est pas vraiment convaincant, variation moyennement inspirée sur le « Umberto D » de Vittorio De Sica** qui a le tort de se perdre dans une suite de scènes souvent détachées du récit et dont la finalité nous échappe, le tort aussi de ne jamais rendre ses personnages attachants, de ne jamais leur faire dépasser le statut de silhouette, fut elle brillamment campée. Sauf bien sur Charles, le personnage principal. Et ce sera malheureusement là aussi une des clés de l'incapacité du film à trouver son public. Car Charles, c'est Belmondo, Jean Paul Belmondo, cet immense mythe, le mot n'est pas trop fort, d'un certain cinéma français. Le problème, là ; est double. Nous avons d'un coté cette génération jeune qui forme aujourd'hui le gros de la masse des spectateurs et pour qui le nom de Belmondo n'évoque rien, ou si peu (et nous verrons plus loin pourquoi), et de l'autre ma génération et celles qui m'ont précédé, un tout petit peu de la suivante et la question de nous tarauder : qui, de nous, a envie de voir CE Jean Paul Belmondo, un homme affaibli, se déplaçant avec difficulté, à l'élocution malhabile. Voir Belmondo dans « Un Homme et son Chien », c'est voir un géant foudroyé, un homme à terre. Quelle que soit la sincérité, l'admiration, la délicatesse, la tendresse, même, dont Huster fait montre envers son acteur, le spectacle reste douloureux.

Qu'on le veuille ou non, Belmondo a été un symbole incontournable de nos sixties et de nos seventies. La critique l'a aimé, parfois encensé, chez Godard, Truffaut, Resnais, Melville. Le public l'a plébiscité en Cartouche, en Professionnel, en As des As, a suivi ses Tribulations d' Homme de Rio ou de Chinois en Chine, avec passion. Bien sur, la critique et le public divorcèrent sur son cas dans la seconde moitié des années soixante dix et la première des années quatre vingt, quand de policiers médiocres en comédies faciles il se contentait de vivre sur ses lauriers, mais, comme on ne peut régler le cas de son éternel rival Delon, autre grand méprisé de la critique, en ne s'appuyant que sur ses films les moins aboutis, on ne peut rejeter Belmondo parce que « L'Animal » ou « Le Guignolo » ne volaient pas très haut. Cette figure de notre paysage culturel ET populaire était et reste un monument qu'on se doit de respecter. Malheureusement vint l'échec de trop (« Amazone », où même le subtil De Broca brada son talent), et vint surtout une génération qui, hélas pour elle, n'a jamais connu les cinémas de quartier et leurs séances du mercredi après-midi, quand on repassait « Ho ! » ou « Borsalino » pour la millième fois, Pas connu non plus, ou si peu, le film du dimanche soir sur la Première Chaine (on en disait pas encore TF1). Pour ceux là, Jean Paul Belmondo c'était essentiellement cette marionnette des Guignols, caricaturistes ayant depuis longtemps troqué l'humour, fut il acide, pour la méchanceté la plus gratuite, grotesque à souhait avec son inévitable Yorkshire, car pour certains il doit être ridicule d'avoir un chien. Alors ils oublièrent Belmondo. Comment, des lors, pourraient ils avoir envie de voir ce vieillard infiniment moins drôle que sa poupée de latex.

Et nous ? on se souviendra peut être que « La Sirène du Mississipi », film qui réunissait un cinéaste aimé des cinéphiles comme du grand public, François Truffaut, et deux grandes vedettes populaires, Catherine Deneuve et notre Jean Paul, fut en son temps un échec commercial. L'une des principales raisons que les analystes trouvèrent à cela fut que le public ne souhaitait pas voir le Belmondo que le film lui proposait, un homme faible, trompé, presque bafoué. Ce que demandaient les spectateurs, c'était l'acrobate gouailleur, le Magnifique, L'Incorrigible. Et je ne pense pas que les choses ont changées. On sait ce que Jean Paul Belmondo a traversé ces dernières années, la maladie, la souffrance, les atteintes physiques. Et on ne l'en respecte que plus. Mais, sur l'écran, nous voulons, encore et toujours, le Belmondo qui nous a fait et nous fera rêver, et qui n'est pas, qui ne peut pas être ce Charles, même si ce rôle le montre admirable de courage et d'audace, osant s'exhiber tel qu'il est maintenant, vaincu mais toujours, quelque part, triomphant. Qu'on l'admire, soit, mais vite, revenons à ces films pas forcement glorieux mais jamais déshonorants qui en faisaient l'idole de nos samedis soirs. Histoire d'oublier à quel point « Un Homme et son Chien » est douloureux à voir.


*C'est pô vrai. J'ai bien aimé « Avatar ».

**A qui hommage est rendu par le biais d'une photographie
.

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# Posted on Thursday, 04 February 2010 at 3:05 PM